LA METHODE D’ANALYSE RAPIDE ET DE PLANIFICATION

PARTICIPATIVE (MARP).

Groupe URD

Juillet 2002

1. ORIGINE DU DEBAT METHODOLOGIQUE

Ces approches de recherche rapide et interactive avec les populations concernées sont nées de la constatation des échecs nombreux de programmes de développement. Deux raisons expliquaient ces échecs : D’une part, nombres de programmes et projets avaient en effet souvent été élaborés par des « experts » extérieurs sur la base de diagnostics très faibles et peu consistants réalisés sans réelle consultation des populations concernées. D’autre part, lorsque diagnostic il y avait, il était souvent le résultat très décalé dans le temps de processus d’enquêtes quantitatives coûteuses en hommes et moyens et qui souvent n’arrivaient pas à des recommandations fines.

Ces méthodes essentiellement quantitatives ont été remises en cause : techniques d’échantillonnage classiques voulant être « statistiquement représentatives » mais masquant souvent les diversités, conduites d’enquêtes lourdes et coûteuses sur la base de questionnaires souvent longs (cimetières de données), traitements différés dans le temps et dont les résultats étaient déjà devenus obsolètes avant leurs publications, etc. De cette remise en cause sont nées des techniques souples, légères et participatives : les Rapid Rural Appraisals (RRA) ou Participatory Rural Appraisal (PRA) connus sous leur acronyme français MARP : Méthode Accélérée de Recherche Participative. Le fait que ces MARP pouvaient être au mois aussi rigoureuses et sûrement beaucoup plus opérationnelles que les méthodes classique s’est peu à peu affirmé.

 

2. LA TECHNIQUE MARP.

2.1. PRESENTATION GENERALE

Il s’agit d’une méthode de recherche participative et d’un outil d’apprentissage qui rempli le vide laissé par les méthodes de recherche traditionnelles, qui ne permettent pas de mieux comprendre la réalité rurale. Cette méthode se trouve entre la recherche formelle (coûteuse et longue) et la recherche informelle (trop courte pour donner de résultats fiables et qualifiés de « tourisme rural. »). La MARP est un ensemble d'approches et d'outils, utilisés pour permettre aux populations rurales et urbaines de présenter leurs connaissances sur leur situation et leur condition de vie. Cette technique établit un processus de communication plus proche et plus révélateur que les questionnaires. Par exemple, « les MARP  permet de consulter directement les bénéficiaires par rapport à leur perception du bien-être. Leur perception de la pauvreté est beaucoup plus large que ce que peut inclure les indicateurs proposés par le PNUD»

Le MARP ou RRA (Rapid Rural Appraisal) est un processus d’apprentissage intensif, itératif et rapide, orienté pour connaître des situations spécifiques. Cette méthode utilise de petits groupes multidisciplinaires et une grande diversité de méthodes, outils et techniques pour la récolte d’informations.

Il y a quatre types d’utilisation de la méthode MARP, qui correspondent de facto aux temps forts du cycle de projet :

 

2.2. LA MATIERE PREMIERE : LE SAVOIR LOCAL

On peut définir le savoir local comme l’ensemble des expériences et des connaissances utilisées par un groupe social dans le processus de décision pour trouver des solutions aux problèmes et aux défis.

Les paysans (des communautés agricoles ou des communautés plus industrialisées) ont une vision très complexe du monde. Ils disposent d’une nomenclature des plantes, des mécanismes de diagnostic et traitement des maladies humaines et animales et utilisent des techniques de culture adaptées aux différents sols. Ce savoir a été développé durant des siècles et constitue aujourd’hui un élément fondamental de la culture et de la technologie de chaque société. Ces savoirs ont souvent été méprisés (traditionnel versus moderne) et la plupart du temps complètement ignorés.

Dans cet ordre d’idées, le choix de l’interlocuteur est fondamental. Quant il sait que son avis est respecté, il est plus prêt à le partager, ainsi qu’à écouter l’avis des autres.

Les projets qui s’appuient sur les pratiques et les savoirs existants sont plus attractifs pour la population que ceux qui sont faits avec des approches extérieures et donc étrangères.

 

2.3. CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE

Méthodes à la fois participatives, rigoureuses et souples, les MARP demandent une présence sur le terrain de quatre à six jours par secteur. La clé de la réussite du processus est en effet la confiance. Dans la mise en place de La méthode, la population doit bien sentir qu’elle est considérée comme un partenaire et jamais comme un objet d’étude, voici la base du succès de l’enquête.

Pour faire une utilisation efficace du MARP il est nécessaire :

 

2.4. POUR L’OBTENTION DES DONNEES

Les outils pour la récolte des données sont les suivants :

 

L’observation directe.

Il s’agit de la première partie du recueil des données. Grâce à l’observation on peut obtenir une validation des statistiques et données théoriques obtenues sur les dommages et sur la situation sociale et économique de la région.

 

La mise en place d’un processus collectif de discussion

Profiter de l’assistance aux réunions des associations communales, des groupes de voisins et d’amis, des équipes de projets et des groupes d’attente à l’hôpital. Des outils d’enquête et des instruments pour susciter le débat en groupe (jeux de cartes, dessins) ont été créés.

 

Les entretiens individuels

Individuels ou collectifs, les entretiens faits à des groupes d’intérêt requièrent d’un instrument d’enquête plus fermé, avec de questions plus précises.

 

Le témoignage.

Dans certains cas, l’illustration des faits et des effets des séismes sur la vie des personnes et des familles ainsi qu’encadrer l’événement dans la vie de la communauté peuvent donner une vision plus riche de l’ensemble de la situation.

Les outils et techniques permettent de remplir un document journalier (carnet de bord) qui sert de référence pour la planification, ainsi qu’un guide des objectifs et des hypothèses fondamentales de la recherche. Il est aussi nécessaire de faire un programme des visites, des entretiens et des réunions à animer, et ceci en étroite concertation avec les populations.

Chaque jour l’équipe prévoit une réunion d’échange. Cette réunion est fondamentale car elle permet de se donner une idée sur les questions, des conclusions possibles et des écarts à corriger. Elle permet aussi de peaufiner les outils et d‘en développer d’autres, si c’est nécessaire.

Une fois achevé le processus d’enquête sur une zone, une première synthèse doit être réalisée. Elle pourra être partagée avec la population ou certains de ses représentants. Des commentaires pourront être ajoutés.

2.5. LES CLES DU MARP

Ces processus ont les caractéristiques suivantes :

 

2.6. TRIANGULATION ET PROCESSUS QUALITE SUR LE MARP LUI-MEME

Il importe d’appliquer à ces processus un certain nombre de procédures pour assurer la qualité de l’information obtenue. Au moins trois points de vue doivent être pris en compte pour un même problème. Chacun d’eux doit être fiable du point de vue de la composition de l’équipe de chercheurs, les outils et les unités d’analyse.

 

 

 

 

3. LES OUTILS MIS EN ŒUVRE PAR LES MARP

De façon pratique, les MARP utilisent une gamme d’outils théoriquement simples :

C’est la première technique à mettre en place, consistant à l’étude de l’histoire et la recherche bibliographique.

Constitue la base de la recherche car complète les autres techniques. Les axes fondamentaux doivent être inclus, ainsi que l’enchaînement des questions ouvertes (Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Quand ? Où ? Comment ? )

Ils doivent être utilisés seulement s’ils sont nécessaires, un support pour initier une discussion, pas un objectif en lui-même. Quand le dessin apparaît trop propre et parfait, la population évite de faire des corrections ou d’enrichir les détails. Il vaut mieux être moins précis et faire les dessins avec la population avec l’aide d’une canne pour dessiner sur le sol ou des feutres pour dessiner sur du papier. Passez le feutre à la population !

Sont valables les mêmes critères donnés aux dessins. Passer le feutre à la population. Ne pas faire attention à l’échelle. Laisser à la population travailler et à la fin ajouter si c’est nécessaire.

Ces dessins permettent d’avoir une idée verticale de la région et de son utilisation. Pour les enrichir utiliser l’observation et l’enquête sur les différents secteurs de la zone.

Cet outil permet d’avoir une vision globale des activités réalisées dans une région (agriculture, récolte, commerce, activités culturelles, travail dans les usines). Il peut exister des calendriers spécifiques (agricoles, culturels) et des calendriers intégraux.

C’est une étude historique approfondie sur un sujet choisi.

Il s’agit d’une représentation des organisations extérieures et intérieures de la zone et des relations qui se tissent entre elles. L’intérêt de ce diagramme est la discussion qu’il peut susciter.

Ces techniques peuvent mettre en évidence les préférences, avantages et inconvénients des dites préférences, les niveaux de richesse de la population, entre autres.

La création de jeux qui prennent en compte la culture, ainsi que l’utilisation des jeux locaux et acceptés par la population sont des ressources non négligeables.

Comme les autres techniques, le but de celle-ci n’est pas de donner une explication personnelle mais d’ouvrir une discussion. Les photos aériennes peuvent substituer les cartes.

Certains commentaires de la population peuvent illustrer plus clairement les éléments de la recherche.

 

4. LA MARGE D’ERREUR ACCEPTEE

Du choix des zones et des personnes, ainsi que de la qualité des interactions avec l’équipe et au sein de celle-ci dépendra la qualité des résultats. Les risques les plus connus sont :

Les promoteurs originels des MARP ont souligné l’importance de reconnaître une valeur à l’ignorance optimale, qui correspond en fait à un choix de coût d’opportunité. Les contraintes de temps obligent à choisir l’information à obtenir et à approfondir sur certains aspects, laissant de coté d’autres. L’attention doit être centrée dans ce qui est important.

L’équipe doit être prête à omettre certains choses ou à rester relativement imprécises sur d’autres qui ne sont pas porteuses d’informations « ayant du sens » au profit d’autres qui sont plus importantes pour l’étude.

Il est nécessaire de faire une liste des éléments clés à saisir pour éviter de s’éloigner du sujet. Deux bases de l’équilibre :